03 avril 2006
L'ORIGINE DU CARNET
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Comment un petit livret parcheminé rédigé d’une écriture fine et délicate allait-il faire revivre un homme vieux de plusieurs siècles ? Lorsqu’en 1989, soit près de 200 ans après les faits, un ancien professeur des Ecoles remet entre mes mains, à la suite d’une exposition sur le Bicentenaire de la Révolution française, cet objet obtenu dans une vente aux enchères d’un vieux manoir breton, il ne sait pas encore qu’allait commencer pour moi une longue quête historique au travers du temps et de l’espace pour faire revivre l’auteur de ce livret : Paul Mathurin François Chéreil de la Rivière.
Paul Mathurin François Chéreil de la Rivière naît dans une riche famille bretonne en 1767. Son père occupe la lourde charge de président de la Chambre des Comptes de Bretagne. Sa mère, quant à elle, se lance dans le commerce sur les conseils de ses cousins Pinczon du Sel qui ont fait fortune dans les colonies.
Au contact de ses cousins, le jeune Paul se met à rêver lui aussi de voyages et d’aventures. Pour l’heure, il entre chez les Jésuites à l’âge de 10 ans où il effectue sa scolarité avec François-René de Chateaubriand, lequel deviendra célèbre des années plus tard. Lorsque son père décède, sa charge de président de la Chambre des Comptes de Bretagne est reprise par Jean-Paul, le frère de Paul.
A force d’insistance, Paul obtient l’autorisation de partir sur les mers avec son cousin Auguste pour l’île du Dodo. Cette première expérience ne sera pas une réussite. Cela n’empêchera pas Paul de repartir pour l’Isle de France (aujourd’hui île Maurice) avec son épouse Thérèse PINCZON DU SEL dans l’espoir de faire fortune. Las, la Révolution française éclate en 1789, bouleversant la France et le monde.
De Rennes à Pléchatel, en passant par Bruz et Bourg des Comptes, depuis les îles d’Amérique jusqu’en la lointaine Isle de France (aujourd’hui Maurice) où il prétendit à une vie de colon pendant la terrible Révolution française, c’est à une quête perpétuelle du bonheur que Paul Mathurin va consacrer sa vie pris dans la tourmente qui le sépare de sa vie d’antan et des siens restés au pays. L’attente des lettres de la métropole, le combat des préjugés, celui sur les océans, le trafic du bois d’ébène, la vie artificielle des colons lancés à la recherche de fortunes aléatoires… C’est à tout cela que vous convie l’auteur qui a prêté sa plume à Paul Mathurin François Chéreil de la Rivière pour que son histoire parvienne aux jeunes générations.
Cette lettre est la toute première du carnet de Paul Mathurin François Chéreil de la Rivière - Elle est écrite depuis RENNES le 24 avril 1790 et s'adresse aux Négociants de Bordeaux qui lui ont prêté des subsides pour faire face à son retour en France sur le Pinson et la Fauvette navire affrété depuis les Iles Sous le Vent après sa terrible affaire de naufrage sur l'ALEXANDRE !!!
L'Isle de FRANCE (Maurice)
Et le carnet de copies de lettres de Paul Chéreil de la Rivière
Lettre à MM. DUBERGIER Frères le 24.4.1790
Messieurs,
Nous avons reçu en son temps la lettre que vous nous avez fait l'honneur de nous écrire et ci-joint la copie de l'arbitrage qui, je le pense, n'est pas un jugement définitif. En effet, il me semble bien injuste que nous soyons condamnés à payer la moitié des frais de carenne et je vous prie d'observer que ce jugement porte sur un faux principe puisque voici ce que dit l'arbritrage.....
Comme le dit rapport justifie DC est-il donc vrai que le compte d'armement qui vous a été adressé ne fasse point mention de la carenne.
Si cela est de même, c'est une erreur grossière et vous en trouverez un, ci-joint, et, fait au CAP ou le second article est : la carenne montant à 1581 Livres 9 Sols et c'est après la supposition qu'il n'y en a point que ces Messieurs condamnent. Quoi qu'au terme de l'ordonnance, disent-ils, les assureurs doivent payer.
Faites valoir, je vous prie, ces raisons ainsi que le procès-verbal de visite qui a été faite au départ du CAP et qui répond à tout.
Nous vous engageons à vendre le brick à tout prix. Vous trouverez ci-inclus, le mémoire de M. Dusel et les pièces moyennant lesquelles il a obtenu à Nantes que son assurance sur l'ALEXANDRE fut regardée comme nulle. Il espère obtenir le même jugement à Bordeaux et celui lui éviterait une prime assez conséquente. A Nantes, il eut été quitte pour les frais de police.
Je vous prie de vouloir bien me dire si vous avez vendu les 7 sacs du parti D.R. Si vous le permettez je profiterais d'une occasion qui se présente de tirer sur vous pour ces objets une somme de 725 Livres.
J'ai l'honneur d'être...
PS - je vous prie de faire voir dans les bancs du brick s'il n'y aurait point un petit baril et sac de café qui se trouveraient égarés.
A RENOUARD DE LA CHENARDIERE à l'ISLE DE FRANCE
RENOUARD de la CHENARDIERE est l'ami de Paul - Il lui écrira très souvent avant son nouveau départ en Isle de France en 1791 et sur place leurs sociétés de commerce tomberont petit à petit en désuétude.
Rennes le 26 avril 1790 envoyée par Bordeaux à DE RENOUARD
N°2
Nous avons reçu votre lettre à maman du 30 septembre 1789 mon cher associé et j'y vois avec bien du plaisir que vous êtes tout à fait détrompé sur les sentiments que vous supposiez à ma famille à votre égard : vous ne sauriez croire la peine que m'avaient fait vos doutes sur cet objet et les reproches offensants et si peu fondés que vous leur faisiez. Mon frère pourrait en méritez quelques uns sur la manière ironique dont il traite notre position, mais c'est sa manie et il faut bien nous y faire. Quant à maman, je suis garant qu'elle n'a jamais rien voulu vous dire qui put blesser votre délicatesse et leur façon de penser à tous à votre égard n'a jamais variée.
Vous avez sans doute reçu celle que je vous écrivais de Bordeaux n°1 (non recopiée dans le carnet) à mon arrivée d'Amérique. Je vous donnais un long détail des nouvelles traverses que j'ai essuyées dans mon retour sur ce malheureux petit brick dont je vous ai parlé dans ma lettre du Cap François. Je vous y mandais :
La vente du petit noir pour 1350 Livres
et celle de deux selles et
4 porte-manteaux pour 150 Livres
ensemble ............... 1500 Livres
que j'ai employé en café au Cap et dont je vais vous faire les retours incessemment en toile à voile par le Faune qui est en chargement quoique l'argent du café ne soit point encore touché.
Je vous enverrai avec la lettre d'avis, le compte de ces objets. Il n'eut pas été possible de penser à envoyer des eaux de vie au prix ou elles sont cette année. Nous paierons peut être 30 Sols les 29 W. qui nous en coûteraient 86.
Ma famille ne peut dans ce moment penser à vous faire d'envoi considérant ma malheureuse affaire pour laquelle il faut trouver 30000 Livres l'embarasse déjà excessivement.... Cependant, comme on ne nous inquiète pas pour ce paiement, je vais tâcher de l'engager à vous retourner les remises que vous lui avez faites quand elle aura tiré l'objet qui concerne particulièrement ma soeur (Prudence) - Je pense qu'il est juste qu'elle supporte ainsi que moi pour sa part la perte qu'il y aura sur la lettre de change d'un monsieur de la Grasserie.
On vous a mandé combien cette affaire avait mal tournée, il est insolvable : c'est à dire devant beaucoup et ai aussi fort peu. On pense que ses enfants renonceront à sa succession, malgré le décret de l'Assemblée qui exclut de toute activité les enfants qui ne satisfaont pas aux engagements de leur père. Je m'occupe de cette affaire et j'ai écrit à son frère qui a été nommé tuteur ad-hoc. Je n'ai pas encore eu de réponse.
Mon frère n'a point encore touché de votre père les 6000 Livres qu'il s'était engagé à payer à votre départ et, il en est même fort arrièré pour les intérêts qu'il lui a payé la première année.
Je pense, mon ami, qu'il est à propos que nous établissions, entre nous, une nouvelle société mais elle ne peut subsister comme la première. Voici qu'elle serait mon idée :
Vous jouirez, comme précédemment, de la moitié des fonds que nous prêtera ma famille et de leurs bénéfices et les intérêts en seront pris sur la totalité de ces fonds et, par conséquent, de moitié pour chacun de nous. Elle serait de deux ans.
Cette lettre est établie pour servir de consentement réciproque.
J'ai assez de confiance en vous, mon ami, pour vous faire part de mes projets... Je repasserais surement à l'Isle de France le printemps prochain, mais ce sera probablement avec une compagne.
Vous avez sans doute enendu parler Pinczon du Sel de sa jeune soeur ! c'est à elle que je dois unir mon sort.
Cette affaire a déjà été agitée et presque arrangée entre nos deux familles et, le pauvre monsieur Dusel père, qui vient de mourir, généralement regretté, y avait donné son consentement.
Dusel fils qui, nécessairement, devait repasser dans ma colonie, s'est décidé en notre faveur à choisir l'Isle de France (en fait Auguste ne choisira pas Maurice mais Cayenne où il s'installera avec sa famille NDLR)
Voilà les raisons qui me font fixer le terme de notre société à deux ans parce que nous choisirons probablement la vie d'Habitant comme paraissant moins dispendieuse et plus tranquille. Je n'ai pas besoin de vous recommander la discrêtion sur une chose qui n'est sue que de nos deux familles. Je vous connais trop bien.
Il me semble, mon cher, que le compte courant que vous avez envoyé à maman porte sur un faux principe. En effet, vous y comparez les sommes 16599 argent des colonies que vous avez déboursées par les lettres de change, à celle de 15861 Livres qui est le produit de la vente.
Je crois, au contraire, qu'il faut comparer la somme de 11781 Livres que maman devait toucher par vos lettres de change à celle de 7580 Livres qu'elle avait déboursée pour nous et celle de 1195 Livres, résultat de la vente que vous avez faite pour moi et ma soeur et dire :
son compte Avoir
Dt M. de la Rivière
Mes remises en 2 Lettres.......... 11781 Débours de Mme de la Rivière................7580
................................................ 8775 Vente d'effets à M et Melle en argent fort 1195
QUITTANCE pour balance ............ 3006 8775
Revoyez cet article.
Vous ne parlez pas des petits articles de mon compte qui ne sont pas portés sur celui que vous envoyez comme : musique et arriettes, baguettes d'or, étuis de crayons, carmin, divers livres. Ces objets montent à peu près à 3 Louis 1/2. Si vous les avez encore et que vous n'en trouviez pas une défaite avantageuse, je vous prie de me les garder à l'exception des petites arriettes avec accompagnement de guitare dont vous disposerez à votre gré.
Avez-vous tiré quelque parti du cassage des glaces et de notre reste de marchandises; vous devez avoir bien vendu la liqueur et l'eau de vie sauvage : un régiment allemand ne laisse pas d'en faire une grande consommation.
Lettelier qui vous fera passer cette lettre et dont la charmante amitié m'a été d'une grande ressource pendant mon séjour à Bordeaux, s'est aussi chargé de vous envoyer, d'une manière sure, une petite bouteille de Macouba que j'avais eue à votre intention en passant à la Martinique.
J'avais aussi acheté, pour vous, des cigares de la Martinique mais ils se sont rendus ici par un malentendu et elles (sic) seront plus difficiles à vous faire parvenir.
Vous êtes sans doute au fait des nouvelles politiques : abolition des privilèges, par conséquent la Compagnie saute (il s'agit bien sur de la cie des Indes NDLR)
Le café, en principe celui de Bourbon (la Réunion) vaut de 24 à 26.
Milles amitiés à l'ami Rudelle - je n'ai encore osé envoyé les lettres dont il m'avait chargé. Elles sont si vieilles
Votre ami pour la vie.
A Monsieur LeTellier de Beaumarais à Bordeaux
Rennes le 26 avril 1790
Vous trouverez ci-joint, mon cher Letellier une lettre pour Renouard de la Chenardière que je vous prierai de lui faire passer par la plus prochaine occasion.
Vous voudrez bien y joindre la petite bouteille de tabac. Mais si vous ne trouviez pas moyen sur d'envoyer la bouteille faite toujours passer la lettre qui est pressée. Il faut connaître votre amitié pour ne pas craindre d'en abuser par des commissions si fréquentes.
Soyez assuré de la mienne qui sera ausssi durable que sincère.
La poste me presse..
Votre ami pour la vie.
A monsieur Demussy Négociant à la Rochelle
Rennes le 19 mai 1790
Monsieur,
Vous avez sans doute appris le sort malheureux du bâtiment l'ALEXANDRE et de sa cargaison sur lesquels portaient les 25000 Livres que m'avait prêté à la grosse le sieur Murville. Les risques dans cette collocution courraient, comme il est dit dans l'acte jusqu'à ce que le bâtiment l'ALEXANDRE réside au port du CAP François Ile de Saint-Domingue Il y eut mouillé ses ancres et cette somme de 25000 Livres avec les intérêts m'était acquise qu'à l'arrivée heureuse du dit bâtiment en cette colonie comme le dit encore la lettre que m'a remise Monsieur Murville pour me servir au besoin
Or, vous savez sans doute, que ce bâtiment ne s'est point rendu au susdit lieu et qu'il a été condamné à Cayenne. C'est ce qui est constaté par les procès-verbaux faits à ce sujet.
Cette condamnation était fondée sur l'état malheureux où avait été réduit ce bâtiment par un coup de vent qu'il avait reçu par le travers de Madagascar. Il avait été dématé de tous mâts et c'est ce triste état qui, en nous faisant faire une traversée extrêmement longue, a été la cause de la mort de presque tous nos noirs comme les procès-verbaux des chirurgiens en font foi.
De plus, le manque de destination du bâtiment nous a fait le plus grand tort dans la vente du peu qui nous restait.
Après un séjour à Cayenne long et extrèmement onéreux causé par la rareté des bâtiments qui partent de ce port, nous avons été obligés d'en acheter un pour nous rendre au Cap François.
Comme les risques de Monsieur Murville cessaient en cet endroit, je suis prêt, Monsieur, à vous communiquer mes comptes avec mes associés et me reconnaître débiteur de ce qui restait à cette époque de ces malheureux débris, quoique ce reste ait été réduit à presque rien par les malheurs qui nous ont assailli dans notre retour au Cap.
A mon passage à la Rochelle, j'eus l'honneur de me présenter chez vouspour vous faire part de ces évènements et de la perte qu'ils occasionnèrent à M. Murville mais vous étiez alors à Paris.
Si ces considérations pouvaient ne pas vous paraître justes, je pense qu'une telle discussion ne pourrait être juger que par des arbritres nommés dans une place de commerce et je crois que vous voudrez bien vous en remettre à la décision des Négociants de la place de Nantes qui sont cités dans l'acte dont il s'agit.
J'ai l'honneur d'être votre, Monsieur
P.M.F.C.D.L.R.
A Renouard de la Chenardière à l'Isle de France
N°3 Rennes le 20 mai 1790
Nous avons reçu par votre père, mon cher Renouard, votre lettre à mon frère du 25 novembre. Il nous a fait l'honneur de venir déjeuner avec nous.
Je n'avais pas l'avantage de le connaître, mais il a su m'intéresser, par sa tendresse pour tous ses enfants, il pleurait encore la fin malheureuse de celui qui était au service de la Compagnie et qui a été empoisonné sur un bâtiment anglois !
Il nous a apporté une année de la rente des 6000 Livres. Il parait que la Place est dans un cruel bouleversement; il est fâcheux que vous avez placé vos fonds sur la Place plutôt qu'à la Grosse. Avez-vous enfin touché ce qui était à Bourbon ? A propos de Bourbon, avez-vous pensé à réclamer la balle de café pour mon frère dont je vous avais laissé le bon. Il souhaiterait que vous lui envoyassiez (sic) en nature.
Vous trouverez ci-inclus la facture de 10 Balles de toile à voile que je vous fais passer en retour de la vente du petit nègre.
Elles sont parties aujourd'hui pour Lorient et j'espère qu'elles se rendront à temps d'être chargées par le Faune. Mander moi si c'est un bon article.
Vous trouverez dans le ballot n°1 divers échantillons.
Vous pourrez me dire quelles sont les qualités qui vont le mieux. Vous distinguerez dans la facture que le premier rang de chiffres est l'aunage sur lequel on achète et le second rang est l'aunage de Paris qui doit vous être règler pour la vente. Je vous enverrais par la première occasion notre compte courant pour cet objet.
Nous en aurons un autre rétabli ensemble.
Mon frère ayant touché, pendant mon absence, environ 7 à 8000 Livres pour moi, s'est remboursé par ses mains de 6000 Livres, acompte des avances faites par lui à la société et, il faudrait que j'en débite le compte de la société avec moi, ainsi que d'une partie des intérêts de ce que nous lui devons et qu'il y a lieu sur acquit restitué.
Quelles sont actuellement les marchandises de meilleur débit chez vous ?
De jolis secrétaires en bonheur du jour ? ou quelques uns à cylindre seraient-ils de bonne vente ? De quoi pourrait-on les remplir pour gagner sur le frêt ? La poudre à poudrer vaut-elle quelque chose ?
Il parait assurer que l'Espagne va avoir la guerre avec l'Angleterre. Elle s'est déjà emparé de plusieurs bâtiments anglois. Notre roi souhaiterait secourir les alliés et a commandé l'armement de 11 à 12 vaisseaux, mais il a été mis en doute à l'Assemblée Nationale "si le roy avoit le droit de faire la paix et la guerre" et cette question n'est pas encore décidée.
Du reste, mon ami, je suis ruiné par cette malheureuse opération de nègres. J'attends d'un jour à l'autre qu'on me signifie l'acte de Grosse de 30000 Livres que j'ai eu l'imprudence de souscrire et je suis dans le plus grand embarras.
Les revenus des propriétaires ont diminué de moitié et, cette maudite affaire pourrait s'arranger un peu à mon avantage. Je vous répondrais bien de la bonté de maman pour vous faire quelque envoi et son intention était de vous faire passer les 7000 quelque cent Livres qu'elle a touché de votre lettre de change sur le Trésor. Mais, ils sont absolument nécessaires pour satisfaire aux engagements actuels et elle a la bonté d'employer toutes ses ressources pour y faire honneur.
Ma reconnaissance est extrême, mon cher ami, de tous les sacrifices que votre délicatesse vous a fait faire aux intérêts de la société. Soyez persuadé que de quelques manières que les choses tournent, toujours les vôtres me seront chères et que, jamais rfien de ce qui fera votre bonheur ne me sera étranger.
Mettez votre prudence à ménager les fonds qui nous restent et surtout n'effrayez point mes parents sans de bien justes raisons. (votre dépense doit avoir diminuée avez-vous le nouvel appartement ?)
La destruction du privilège de la Compagnie, la guerre peut être pourront amener une Révolution favorable.
J'ai reçu une lettre du frère de Monsieur de la Grasserie, nommé tuteur des enfants du défunt. Il me promet de me mettre au fait des affaires de son frère et de faire tout pour satisfaire à ses engagements. On assure qu'il a dit que les créanciers ne perdraient rien mais qu'il faudrait beaucoup de temps. Je regarde que cette perte énorme pour nous si elle a lieu, tient peut être à une légère faute de calcul. Si vous aviez vu que vous n'étiez débiteur de maman que d'une somme de 8 mille quelque cent Livres et que la lettre de change sur le Trésor suffisait presque à l'acquitter, peut-être pensiez-vous pas donner une somme aussi forte au cher de la Grasserie...
Letellier m'a mandé qu'il vous faisait passer ma dernière n°2 du 26 avril par un bâtiment qui partait incessemment ainsi que la petite bouteille de macouba et qu'il accompagnait le tout d'une lettre.
Je mande à Monsieur Gérard de faire assurer une somme de 600 Livres sur l'envoi que je vous fais et je le prie de vous mander le prix des derniers de retour.
Il n'y a pas de sureté à faire des retours en lettres de change vu l'état actuel des affaires.
Bien des choses à l'ami Rudelle - mander moi un peu des nouvelles de tout le monde.
Votre ami pour la vie.
A Monsieur DEMUSSY Négociant à la Rochelle
Monsieur,
J'ai reçu l'honneur de la votre du 27 mai. Ce n'est point comme causée par la longueur de la traversée que je puis prétendre à demander à M. Murville une indemnité sur la mort des nègres composant la cargison de l'ALEXANDRE, mais comme suite d'évènements purement maritimes et qui ont aussi causé ce manque de destination qui étaient prévus dans l'acte et surtout dans les lettres de M. Murville en ces termes
lesquelles 30000 Livres ne seront acquises qu'en l'arrivée heureuse du bâtiment l'ALEXANDRE au Cap
où il ne s'est point rendu. Ce sont ces raisons que je ferais valoir à des Négociants éclairés et, je crois devoir vous dire que l'opinion de quelques uns m'a déjà été favorable.
Quant à l'avis que vous a donné M. Fauvet, il augure peut être trop bien de mes moyens et je ne me flatte pas de pouvoir disposer d'une si forte somme car, et dans un pays où toutes les lois sont pour les aînés, mineur, sous l'autorité de mes parents, je ne puis disposer de mon peu de fortune si cruellement ébrêchée par tous ces malheurs et, si j'avais pu les prévoir j'aurais noté toute l'imprudence d'un pareil engagement, mais je sais à quoi l'honneur m'engage et je sacrifierais tout jusqu'à l'acquittement de la somme qui me sera légitimement enjoint de payer.
J'ai l'honneur d'être...
A Monsieur le Procureur de la Rochelle
Rennes le 31 Juillet 1790
Monsieur,
Je m'adresse à vous, avec la plus grande confiance en vos lumières, pour vous prier de comparaître à ma place devant le Juge de l'Amirauté de votre ville à la première audience après huitaine et un jour, par dix lieues à compter du 26 juillet jour de l'Assignation. Je me borne à vous demander un déclinatoire qui, d'après la consultation ci-jointe me parait fondé. J'aurais voulu vous envoyer mes moyens de défense en voici le résumé.
Suit le précis du petit mémoire que j'ai dressé (pas joint) et de plus ce manque de destination nous a fait le plus grand tort puisqu'après un séjour long et couteux à Cayenne, causé par la rareté des navires qui partent de ce port, nous avons été contraints pour sauver nos malheureux restes, d'en acheter un qui nous a encore causé de grandes pertes.
Voici Monsieur le précis de mes malheurs et de mes raisons de la perte de ces 30000 Livres que je ferais valoir quand M. Demussy m'aura assigné devant un tribunal compétent ou qu'il aura accepté la proposition raisonnable de s'en remettre à des Négociants éclairés comme ceux de Nantes qui sont indiqués dans l'acte.
J'ai l'honneur d'être.
Suivent dans le carnet plusieurs missives écrites pendant l'été 1790 à divers correspondants toutes en style télégraphique n'offrant aucun intérêt spécifique.
Paul y mentionne parfois le nom du Capitaine Larelle qui est le Capitaine du Pinson et la Fauvette navire qu'il emprunta pour rentrer des Iles sous le Vent, au sujet d'un couvert perdu pendant la traversée
Il m'a été donné de retrouver aux archives de l'Amirauté de GUYENNE une déclaration de précaution concernant l'ALEXANDRE.
Aujourd'hui, 22 du mois de septembre 1790, pardevant nous, Jean Baptiste Raymond de Navarre Conseiller au parlement et Lieutenant Général de l'Amirauté de Guienne a comparu le sieur Pierre Daguerre Capitaine de l'ALEXANDRE lequel déclare venir de CAYENNE Saint-Louis, chargé de 364 Barriques ou tirion de sucre, 143 Futailles et 52 sacs de café, 145 Balles ou ballots de coton, 22 Futailles indigo , parti du dit lieu le 29 juillet dernier, entré en rivière le 17 du courant et monté devant Bordeaux le jour d'hier avec 29 hommes d'équipage.
N'a rencontré en mer aucun navire armé en guerre et a signé
DAGUERRE.
04 avril 2006
A Monsieur de la GRASSERIE à la GAROYERE
sans date
J'avais espéré être informé de votre passage en cette ville pour pouvoir convenir avec vous des affaires de monsieur votre frère. Quelles espérances vous ont-elles fait concevoir pour la satisfaction de vos créanciers ? Puis-je compter sur une prompte rentrée dans cette circonstance ? J'en ai un besoin urgent.
A Monsieur FEVRE à la ROCHELLE
Le 22 août 1790 (il s'agit du Procureur auquel il a déjà écrit le 31 juillet)
Monsieur,
J'ai reçu en son temps la lettre que vous m'avez écrite en réponse à la mienne du 31 dernier. Je vous prie d'agréer mes remerciements des soins obligeants que vous vous êtes donnés pour mon affaire. J'aurais eu les raisons détaillées dans la consultation bien valable pour obtenir un déclinatoire (un déclinatoire se dit d'un moyen allégué par l'une des parties pour contester la compétence d'une Juridiction et faire renvoyer la cause devant une autre. En l'occurrence, Paul ici désirerait la Juridiction de Nantes peut être plus à même de règler ses affaires).
Je vous remercie des avis que vous voulez bien me donner quant au fond mais mon parti est désormais pris d'une manière invariable, la raison, l'avis de plusieurs négociants et avocats éclairés, me décident à faire valoir mes droits à un dédommagement. Je crains les procès, mais puisqu'il s'agit d'une somme considérable et qu'on ne veut point entrer dans des raisons d'accomodements et justes, je m'engage à regret.
J'ai l'honneur d'être.
A Monsieur Larelle père à Bordeaux
Le 27 août 1790 près RENNES (sans doute depuis Bourg des Comptes)
Je vous prie d'excuser le fait que l'on vous a certainement demandé mon couvert deux fois, c'est un malentendu que je n'ai pu prévenir. Je vous prie de regarder encore mon cadre à moins que vous n'ayez pu trouver un prix peu désavantageux. Il m'a coûté 60 Livres; pourrions-nous le laisser pour 36 Livres ?
Je vous prie de passer chez Ricard Cordonnier qui réclame payement de deux paires de souliers que j'ai été moi-même lui payer !!!
Mes compliments à votre famille.
même date à Letellier à BORDEAUX
Je vous prie mon ami de "déterrer" notre bourse à un nommé Greuset Maître du Capitaine Larelle de Redon et de lui confier avec assurance mes marchandises et mon couvert d'argent.
Le 30 septembre 1790 à Monsieur Marcadé à Bordeaux
Monsieur,
Il me seroit intéressant d'avoir une preuve légale au cours des assurances que vous avez faites pour moi. Je vous prierais, en conséquence, de vouloir bien m'envoyer la Police ou une copie si cette pièce vous est nécessaire.
Dites-moi, je vous prie, le succès des recouvrements que vous aurez sans doute fait des Assureurs et m'en faire passer le compte.
J'ai l'honneur d'être..
A Rennes le 31 octobre 1790 à Monsieur Marcadé à Bordeaux
J'ai reçu l'honneur de la votre du 16 courant. Je souhaiterais un tonneau de vin pour l'ordinaire dans les prix de 200 Livres. Une bouteille de Grave rouge et de blanc qui ont du corps ! s'il part quelques bâtiments pour l'Isle de France, envoyez deux tonneaux peu chers, mais propres à passer la mer à Monsieur de Renouard au Port Louis marque D.R. - leur payer le frêt et l'assurance. Sinon, nous attendrons au printemps ou je compte bien faire un envoi plus considérable.
Le vin, pour notre provision, à l'adresse de Monsieur Le Saule (roulier ndlr) Négociant à Redon avec avis de nous le faire passer incessamment.
J'ai l'honneur d'être


